Observance : le Pr. Molimard répond et argumente

Le 16 mars 2015 - Par Vanessa Bernard

Le Professeur Mathieu Molimard est président du Collège National de Pharmacologie Médicale. Fort de ses recherches dans l’observance, l’utilisation, la mesure de l’efficience des médicaments en situation réelle, il répond à nos questions.

Les Français seraient « observants » à 40% seulement. Comment expliquez-vous que nous sommes si peu nombreux à ne pas suivre correctement nos traitements ?

Parce que nous sommes des hommes et non pas des machines et que nous n’avons pas été « fabriqués » pour avaler des comprimés. De fait, les traitements chroniques au long cours posent parfois problème d’autant plus d’ailleurs dans le cadre de pathologies dont les symptômes fluctuent. Prenez un asthmatique, par exemple, il est des périodes où il ne ressentira pas le besoin d’être traité. Je crois que le problème relève surtout de l’accompagnement et du suivi par le médecin à qui il revient « d’adapter » la prescription en fonction de l’état de son patient. Mais pour cela, il faut du temps évidemment et les médecins en manquent souvent en consultation.

Justement quel est le rôle des professionnels de santé ?

Je dirai que l’éducation thérapeutique est essentielle : il faut expliquer au patient pourquoi ce traitement, ses bénéfices mais aussi ses inconvénients. De son côté, le malade doit oser parler à son médecin et « avouer » son inobservance. Le problème aussi, c’est qu’en France, nous sommes les champions du monde de la consommation de médicaments ! Or je persiste à penser qu’il faudrait changer les règles du jeu pour que la thérapeutique soit non seulement utile mais aussi suivie : ne prescrire que quand c’est absolument nécessaire, prescrire la bonne dose au bon moment, expliquer l’ordonnance et réévaluer régulièrement sa pertinence (refaire la prescription plutôt que la renouveler).

Que peut faire un patient pour s’aider lui-même ?

L’oubli étant la plus fréquente des causes d’inobservance, je conseillerais de créer des automatismes, par exemple, mettre son traitement à côté de sa brosse à dents pour créer un rituel. Bien sûr, il est des causes plus profondes comme le déni de la maladie et là, il faut plus de temps, la simple éducation thérapeutique pourra ne pas suffire  Dans ce cas précis, ce sont les facteurs psychologiques qu’il s’agira de prendre en compte et l’aide de spécialistes pourra alors être utile.