Dons d’ovocytes : la pénurie, c’est fini ?

Le 16 octobre 2015 - Par Manon Costantini

Le décret de la loi bioéthique 2011 publié au Journal officiel permettant aux personnes n’ayant encore jamais procréé de faire don de leurs cellules sexuelles devient enfin réalité. Il aura fallu 4 ans pour définir ses conditions d’application : c’est chose faite depuis le 15 octobre dernier.

En 2013, près de 2 600 couples étaient en attente de cellules sexuelles pour avoir un enfant. En 2014, 456 femmes faisaient un don d’ovocytes et ont permis la naissance de 198 enfants. En 2015, selon l’agence de Biomédecine, il faudrait 900 donneuses et 300 donneurs en France pour répondre à la demande.

Jusqu’à présent, pour faire don de ses ovocytes, une femme devait remplir un certain nombre de conditions : avoir déjà eu un ou plusieurs enfants, être majeure mais âgée de moins de 37 ans et être évidemment en bonne santé. Autant de freins aux dons parce que, dans les faits, il était rare de remplir toutes les cases. Jeanne, 34 ans explique : « Une amie à moi avait besoin d’un don d’ovocytes pour tomber enceinte du fait d’une anomalie génétique. Elle m’a expliqué que pour accélérer la procédure, il fallait qu’elle-même trouve une donneuse, tel un échange de bons procédés. L’idée : trouver une volontaire pour remonter sur la liste… Je lui ai immédiatement dit que j’étais d’accord d’autant plus que mes ovocytes, pour des raisons évidentes d’éthique, ne lui seraient pas destinés mais aideraient une autre femme tout en lui rendant service. Seulement voilà : j’ai 34 ans, je suis en bonne santé, mais je n’ai jamais été maman. Fin de l’histoire. En parlant à ma soeur de la situation, elle s’est sentie aussi immédiatement impliquée. Elle a deux enfants et souhaite se porter volontaire par solidarité. Seulement voilà, elle a déjà 38 ans… »

Pourtant dès juillet 2011, la loi de bioéthique prévoyait d’autoriser les hommes et les femmes non encore parents à donner spermatozoïdes et ovocytes. Une possibilité inscrite dans la loi mais qui jusqu’alors était toujours en attente de décret d’application… Or depuis le 15 octobre dernier, les conditions d’application ont enfin été définies. Désormais, toutes les femmes, âgées de 18 à 37 ans, et tous les hommes, de 18 à 45 ans, en bonne santé peuvent faire don de leurs cellules sexuelles. Bien sûr, ces dons de gamètes seront encadrés par la loi : chaque candidat devra consulter obligatoirement un psychologue, qui s’assurera du caractère altruiste et non-forcé de sa démarche. En outre, le don restera anonyme, gratuit et librement consenti.

La fin de la pénurie ?

Aujourd’hui amendé, ce décret permet non seulement aux personnes sans enfants de devenir donneurs et offre aussi la possibilité de conserver une partie de leurs gamètes afin de les utiliser plus tard, en cas d’infertilité. Une mesure exceptionnelle puisqu’en France, l’auto-conservation sociétale est interdite si aucune raison médicale ne la préconise.

Jusqu’à présent, les restrictions poussaient de nombreux Français à se diriger vers l’Espagne un pays où les donneurs et donneuses sont nettement plus abondants, et les délais d’attente, vraiment plus raisonnables (quelques mois seulement, contre quelques années en France). Cécile, 34 ans témoigne : « Il aura fallu des fausses couches, des tonnes d’examens pour finalement apprendre que j’avais 25% de chance de mener une grossesse à terme. Après cela quand on m’a expliqué que je devrais attendre sans doute encore quelques années de plus un don d’ovocyte pour être mère, j’ai trouvé ça inacceptable. Alors, avec mon mari, nous n’avons pas hésité. Direction l’Espagne. Mon fils va bientôt avoir 2 ans, je suis comblée ! » Rappelons, en effet, qu’en Espagne comme au Royaume-Uni, les donneurs sont rémunérés entre 900 et 1000 euros, afin de les dédommager du traitement hormonal préalable au don. En France, il est peu probable qu’un tel principe soit un jour acceptable… Pour autant, les mesures qui viennent d’être annoncées devraient faciliter le don et son accès. De quoi combler de futurs parents. Rappelons au passage que faire un don n’altère en rien la propre fertilité du candidat donneur…

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© iStockphoto

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