Audition : les évolutions des dernières décénnies vues par le Professeur Collet

Le 20 avril 2015 - Par Source : Association JNA - www.journee-audition.org

Le Professeur Lionel Collet est oto-rhino-laryngologiste, conseiller d’Etat, président des Conseils d’Administration de l’InVS (Institut National de Veille Sanitaire) et de l’Eprus (Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires). Pour nous, il revient sur l’importance de porter la question de l’audition sur le devant de la scène.

« Etant lyonnais j’étais déjà en lien avec la première JNA, il y a un peu moins de 20 ans. Si on fait la comparaison entre la fin des années 90, en l’occurrence entre 1998 et aujourd’hui, on ne peut voir que les évolutions. A l’époque, il y avait un peu moins de 200 000 appareils auditifs vendus par an, il y en a plus d’un demi-million aujourd’hui. Il n’y avait pas le remboursement de la seconde oreille, il a fallu attendre le début des années 2000 pour que la seconde oreille soit remboursée. Comme si d’ailleurs lorsque l’on porte des lunettes on ne vous remboursez qu’un verre, un monocle et pas les deux et cela paraissait naturel à l’époque de ne pas rembourser la seconde oreille. Il n’y avait pas de textes réglementaires sur le dépistage de la surdité du nouveau-né et si toutes ces avancées ont eu lieu en moins de 20 ans,  c’est grâce à l’effort conjugué de nombreux acteurs professionnels, et des malentendants que l’on appelle aujourd’hui les usagers. Parmi ces acteurs, il y a bien évidemment le rôle essentiel de la Journée Nationale de l’Audition. Elle a su porter un combat, un message pour que l’on s’intéresse à l’audition dans notre pays. Est-ce que aujourd’hui, tout est réglé ? Aujourd’hui dans un pays où dont on peut discuter le nombre de malentendants, on peut se mettre d’accord que 4 millions pourraient bénéficier d’un appareil auditif seuls un million et demi est équipé. Il y a encore des informations, la question des restes à charge et tout cela justifie que les actions se poursuivent. Dans un pays qui a des textes réglementaires sur les dépistages de la surdité des nouveaux nés, et bien ce n’est pas mis en place partout. Cela veut dire qu’il y a encore des lieux où l’on peut s’interroger sur une éventuelle perte de chances de naître dans ces lieux parce que l’on peut ne pas diagnostiquer une perte auditive d’un nouveau-né. Il y a encore du travail dans ce domaine-là.  Et il y a ce que sera le thème de la JNA 2015, la question de l’audition des jeunes qui est une question d’autant plus fondamentale que l’on sait que vu leur espérance de vie, ils atteindront des âges dans lesquels il y a un tout autre risque qui est celui de la perte d’autonomie et les connaissances scientifiques depuis quelques années montrent à quel point une perte auditive non prise en charge présente un risque accru de maladie de type neurodégénérative ensuite.   Cela a été montré par des équipes américaines, cela a été confirmé par une équipe française en épidémiologie. Ce qui justifie là encore pour des raisons de santé publique l’accès à des appareillages de plus en plus précoces. Ce qui ne signifie pas forcément chez les jeunes mais de plus en plus précoce. Je souhaite que cette nouvelle édition de la Journée Nationale de l’Audition soit entendue. »