ITW – Pr. Michaël Grynberg : « Il y a très peu d’indicateurs d’infertilité »

Le 31 décembre 2015 - Par Vanessa Bernard

Le Pr. Michaël Grynberg est chef du Service de Médecine de la Reproduction à l’hôpital Jean Verdier de Bondy (93). Eminent spécialiste de la fertilité, il revient pour nous sur les différents facteurs qui mettent, parfois, à mal les parents en désir d’enfants. Rencontre. 

Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer l’infertilité ?

Les femmes ont des enfants plus tard, et malheureusement, l’évolution de la fertilité féminine ne s’est pas adaptée a monde moderne, avec persistance d’un déclin important de la fertilité avec le temps. En effet, si le pic de fertilité se situe entre 20 et 30 ans, il devient extrêmement faible à l’âge de 40 ans. Par ailleurs, les facteurs environnementaux sont également impliqués. Ils sont à l’origine d’altérations de la qualité du sperme, de malformation utérines et vraisemblablement d’insuffisances ovariennes prématurées.

 Si le pic de fertilité se situe entre 20 et 30 ans, il devient extrêmement faible à l’âge de 40 ans.

Les causes d’infertilité féminines sont multiples, comprenant des troubles de l’ovulation, des anomalies des trompes (souvent séquellaires d’infections sexuellement transmissibles et donc accessibles à une prévention par préservatifs), des atteintes utérines et l’endométriose. En fin des pathologies chroniques telles que les maladies auto-immunes ou cancéreuses peuvent par elle mêmes ou du fait de leurs traitements impacter négativement la fertilité féminine.

Est-il des phénomènes qui doivent alerter quant à une possible « infertilité » ? 

Si on occulte les patientes qui ont des antécédents d’infection ou de chirurgies pelviennes, il y a très peu d’indicateurs ou alors des signes relativement tardifs, mettant déjà les patients en difficulté s’ils décident d’avoir recours à la PMA. Par exemple, des irrégularités de cycles peuvent laisser présager, éventuellement, une ovulation qui ne se fait pas normalement sans toutefois que cela soit une certitude. L’arrêt d’une contraception et une exposition à la grossesse reste le meilleur moyen de tester sa fertilité pour un couple désireux d’avoir des enfants.

Le sperme peut ne pas contenir de spermatozoïdes

En cas d’exposition optimale à la grossesse, c’est-à-dire en ayant au moins trois rapports par semaine, il ne faut donc pas trop tarder à aller consulter, d’autant plus si la femme est âgée de plus de 35 ans : je dirai qu’il faut se donner entre 6 et 9 mois. Pour l’homme, il n’y a aucun moyen de savoir quoi que ce soit puisqu’ils peuvent éjaculer tout à fait normalement alors que leur sperme peut ne pas contenir de spermatozoïdes. En effet, le volume représenté par les spermatozoïdes dans le sperme est de moins de 1% et seul un examen spécialisé permettra de s’assurer de la présence de gamètes.  

En matière de PMA, que peut-on faire ou ne pas pas faire ? 

Alors que la France a été un pays pionnier en termes de médecine de la reproduction et que les techniques sont complètement maîtrisées, notre PMA reste très archaïque car, malheureusement, les politiques de santé et les lois de bioéthique nous freinent beaucoup, creusant souvent les inégalités sociales. L’exemple le plus frappant est le don d’ovocytes : la sécurité sociale rembourse jusqu’à 1500 euros pour une prise en charge rapide à l’étranger sans chercher à réduire efficacement la pénurie de donneuses en France ! On assiste donc à une fuite de nos patientes (en tout cas celles qui ont les moyens de le faire) alors que beaucoup aimeraient privilégier la médecine française.

 La chimiothérapie, la radiothérapie et de temps en temps, la chirurgie vont altérer la production des spermatozoïdes ou des ovocytes.

Par ailleurs, une des principales limites actuelles de notre lesgislation reste l’impossibilité de pratiquer des analyses génétiques sur des embryons ou ovules destinés à être utilisés en AMP. Ces techniques, au service rendu important et confirmé, sont désormais réalisées dans de nombreux pays, mais restent interdites en France au motif d’un risque de dérive eugénique. Parmi les points positifs, je citerai, outre la totale prise en charge de l’AMP intra-conjugale par l’assurance maladie, la possibilité de préserver des gamètes en cas de traitement ou maladie potentiellement stérilisante. Rappelons que chaque année en France 7 000 femmes de moins de 35 ans (enfants compris) ont un cancer et que les traitements pour le guérir altèrent considérablement la production des ovocytes.

Vous le disiez, le cancer fait en effet partie de ces maladies pouvant altérer la fertilité… Mais il y a un espoir…

Il y a, en effet, la maladie qui peut avoir un impact sur la fertilité mais aussi les traitements pour la soigner. La chimiothérapie, la radiothérapie et de temps en temps, la chirurgie vont altérer la production des spermatozoïdes ou des ovocytes. On considère que chaque année en France environ 7 000 femmes de moins de 35 ans (enfants compris) ont un cancer. Les progrès médicaux font qu’une grande majorité vont survivre à la maladie, mais subir les conséquences à la long terme des traitements, notamment sur la fonction de reproduction.

L’incapacité à pouvoir accéder à une parentalité en transmettant son patrimoine génétique constitue un élément majeur de l’altération de la qualité de vie des jeunes survivantes du cancer.

C’est pourquoi il est désormais reconnu comme fondamental de proposer, dès le diagnostic de cancer établi chez une femme de moins de 40 ans, une consultation de préservation de la fertilité afin de discuter de l’éventuelle mise en place de telles mesures. En effet, la possibilité de cryopreserver des gamètes permettra outre de maximiser les chances de grossesse de ces patientes, de les aider à mieux vivre la lourdeur des traitements anti-tumoraux. L’accès à ces consultations de préservation de la fertilité reste encore insuffisant, faute d’information des professionnels de santé. C’est pourquoi les patientes elles même ont un rôle fondamental à jouer pour tenter de maximiser leur avenir reproductif !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>