Rougeole : une épidémie, un vaccin obligatoire

Le 12 février 2018 - Par Vanessa Bernard

Alors qu’en Nouvelle-Aquitaine, l’épidémie de rougeole continue de sévir avec déjà 213 cas de décès déclarés, faisons le point sur une maladie qui est loin d’avoir disparu. 

Avant l’épidémie déclarée de 2008, la rougeole était plutôt rare et ne touchait qu’une quarantaine de personnes, chaque année. A l’ère pré-vaccinale, c’est-à-dire avant les années 80, la rougeole était la cause du décès d’environ 30 personnes par an et d’une trentaine de cas déclarant des complications neurologiques. À l’époque, c’était une maladie très répandue et presque systématique chez les enfants. Mais  depuis l’intégration de la rougeole au calendrier vaccinal en 1983, les cas graves se sont raréfiés jusqu’à la recrudescence observée entre 2008 et 2012, période durant laquelle plus de 23 000 cas ont été déclarés en France. Et aujourd’hui encore, le virus continue à circuler. 

Du vaccin « recommandé » au vaccin « obligatoire »

Oui, mais alors pourquoi une telle recrudescence des cas de rougeole ? La réponse qui s’impose d’emblée selon les Pouvoirs Publics est une couverture vaccinale insuffisante puisqu’elle n’atteint pas les 95 % nécessaires à protéger durablement la population. En effet jusqu’à présent, le vaccin était seulement « recommandé », mais pas obligatoire, il ne l’est devenu qu’au 1er janvier dernier. Il faut savoir, en effet, qu’à partir des années 1970, l’État a estimé que certaines injections pouvaient être seulement préconisées et non imposées, considérant alors que l’adhésion de la population et des médecins pour assurer la vaccination de tous les enfants serait sans doute suffisante pour garantir une bonne couverture. Mais aujourd’hui, face à la réémergence de certaines maladies (dont la rougeole), la donne a changé : le ROR fait donc donc maintenant partie des 11 vaccins obligatoires. 

En effet jusqu’à présent, le vaccin était seulement « recommandé », mais pas obligatoire, il ne l’est devenu qu’au 1er janvier dernier

Epidémie de rougeole : les complications possibles

Et, au-delà de la propagation de la rougeole, ces dernières années, l’inquiétude tient aussi au fait que le phénomène épidémiologique a changé au fil du temps. Il faut comprendre ici que si la maladie touche tout le monde, les risques de complications vont être plus sévères et fréquents chez les adolescents et les adultes et chez l’enfant de moins de 1 an.  La rougeole peut, en effet, être à l’origine de bien des maux, des plus « bénins » si l’on puit dire, aux plus graves. On parle ainsi d’otite aiguë (complication très fréquente chez le nourrisson), de laryngite, mais aussi de broncho-pneumonie (avec parfois des difficultés respiratoires sévères nécessitant une hospitalisation) ou encore de complication neurologique. Ainsi, l’encéphalite (une inflammation du cerveau) se manifeste dans un cas sur mille. Ses symptômes peuvent faire penser à une grippe : fièvre élevée, maux de tête et troubles de la conscience ; l’encéphalite peut entraîner le décès ou des séquelles graves irréversibles dans 30% des cas (troubles mentaux, paralysie, épilepsie).

Les risques de complications vont être plus sévères et fréquents chez les adolescents et les adultes et chez l’enfant de moins de 1 an

Attentions publics fragiles à protéger !

Parmi les autres autres complications dues à la rougeole, on citera : une conjonctivite pouvant évoluer vers une atteinte de l’œil (kératite) et la cécité, des douleurs abdominales avec diarrhées ou encore un purpura thrombopénique (une maladie du sang bénigne se traduisant par une baisse anormale du taux de plaquettes), ou alors une myocardite (inflammation du muscle cardiaque). La rougeole peut aussi avoir des conséquence sur le foie ou les reins.

La rougeole comporte un risque plus élevé de complications graves chez les femmes enceintes (risque d’anomalies du fœtus, de mort in utero du fœtus et de rougeole congénitale selon la date de survenue de la rougeole), chez les personnes immunodéprimées (défenses immunitaires affaiblies) et chez les bébés de moins de un an qui ne peuvent pas être vaccinés. Pour rappel, en effet, le vaccin contre la rougeole, le ROR, doit intervenir à partir de l’âge de 12 mois (un an) pour la première dose et entre 16 et 18 mois pour la seconde. 

ROR : un vaccin qui ne fait pourtant pas peur…

Si la vaccination a intégré le calendrier vaccinal en 1983, c’est qu’avec ses deux doses, elle protège les personnes traitées mais aussi celles dites « fragiles », c’est-à-dire celles qui justement ne peuvent pas être vaccinées comme la femme enceinte, notamment. Or, pour que la circulation du virus cesse, il faut que 95 % de la population soit immunisée donc vaccinée et ce le plus tôt dans l’âge (avant deux ans). Pour l’OMS, « chaque décès ou invalidité imputable à cette maladie à prévention vaccinale constitue une inadmissible tragédie ». D’autant plus que pour les Autorités de santé, le vaccin est sûr et efficace. D’ailleurs, le vaccin anti-rougeole (qui ne contient ni mercure, ni aluminiumn’a pas forcément mauvaise presse auprès des Français : selon les résultats du Baromètre Santé 2016, le ROR suscite peu d’avis défavorables (inférieurs à 2%).

Or, pour que la circulation du virus cesse, il faut que 95 % de la population soit immunisée donc vaccinée et ce le plus tôt dans l’âge

… grâce à un recul de plus de 30 ans

Un recul de plus de 30 ans permet aussi à ce vaccin de pouvoir se targuer d’un bon indice de confiance avec aujourd’hui, des effets indésirables bien connus : une réaction locale de courte durée au point d’injection (douleur, rougeur, tuméfaction) et parfois une fièvre supérieure ou égale à 39 °C chez 5 à 10 % des vaccinés. Dès lors, la non vaccination tiendrait alors plus au fait d’une fausse croyance selon laquelle la maladie a disparu. Les chiffres récents prouvent pourtant le contraire avec, aujourd’hui encore, des cas qui se déclarent en nombre. La maladie, en effet, a cette malheureuse particularité d’être extrêmement contagieuse. Elle se transmet ainsi très facilement, dans l’air ou par contact direct.

Le vaccins anti-rougeole qui ne contient ni mercure, ni aluminium n’a pas forcément mauvaise presse auprès des Français

Il faut savoir, en outre, qu’il n’existe pas de traitement spécifique de la rougeole mais uniquement des traitements symptomatiques (fièvre, écoulement nasal…).  L’élimination de la rougeole demeure aujourd’hui un enjeu de santé publique majeur. Malgré la mise en place de mesures de contrôle, le risque de diffusion secondaire dans la population générale en France est loin d’être négligeable. Administrée dans les 72 heures qui suivent un contact, la vaccination peut éviter la survenue de la maladie.

Pour rappel, les 11 vaccinations désormais obligatoires (dont le ROR) conditionneront  l’entrée des jeunes enfants en collectivité et seront vérifiées à partir du 1er juin 2018.