ITW – Dr. Chantal Belorgey : « Prise en charge du patient cancéreux à la ville »

Le 19 janvier 2016 - Par Vanessa Bernard

Les formidables avancées scientifiques permettent aujourd’hui une meilleure prise en charge du patient cancéreux. D’ailleurs, avec le développement des chimiothérapies orales, celle-ci se fait de plus en plus à la ville. Quels bénéfices pour le malade, quels espoirs pour demain… Le Chantal Belorgey, directrice recommandation médicament et qualité de l’expertise à l’INCA nous répond.

Dans la prise en charge du patient cancéreux, quelles sont les avancées ?

Pour soigner le cancer aujourd’hui, différents traitements complémentaires sont disponibles : la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie grâce auxquels, on atteint un bon niveau de guérison, environ la moitié des cancers traités. En ce qui concerne la chimiothérapie, elle peut être « conventionnelle », c’est-à-dire par intraveineuse, nécessitant l’hospitalisation ou orale ou les deux à la fois. Il n’y a pas de substitution : en fonction de sa pathologie ou de l’état d’avancement de la maladie, le patient recevra différents traitements.  L’arrivée de la médecine de précision, autrement appelée personnalisée est venue renforcer cet arsenal thérapeutique. Il s’agit d’une thérapie ciblée dispensant un traitement qui s’adapte à des anomalies moléculaires en particulier, identifiées grâce aux outils diagnostic existants. Cela permet de donner le bon traitement au bon patient. 75% des thérapies ciblées se font désormais par voie orale.

Est-il un profil particulier de patients pour en bénéficier ?

Classiquement, elle était prescrite pour les cancers déjà avancés ou après rechute. Mais les techniques permettent de plus en plus de les adresser dès les stades précoces de la maladie. C’est une véritable avancée pour les patients qui du coup subissent moins d’hospitalisation. Cependant, les effets indésirables particuliers du cancer demeurent. Ce traitement mérite donc d’être accompagné d’un point de vue organisationnel. Il faut donc de la coordination entre la ville et l’hôpital qui doit accompagner le patient même en dehors de son contexte. Des outils existent pour cela : des plateformes d’échanges, des expérimentations, des programmes d’accompagnement et de gestion des effets indésirables, des référentiels de prise en charge des cancers pour prescrire le mieux possible, par exemple… 

Outre les effets indésirables, il faut savoir que la particularité d’une thérapie ciblée, ce sont les interactions médicamenteuses

La prise en charge, en effet, se fait de plus en plus à la ville… 

Oui. Si la prescription se fera toujours par les spécialistes à l’hôpital, il est vrai que le médecin traitant, l’infirmier, et le pharmacien peuvent être confrontés à ces effets indésirables. La famille également. Hors contexte hospitalier, il ne faut pas que le patient se sente seul, il faut aussi éviter la banalisation de la maladie. C’est pourquoi, l’accompagnement en coordination avec l’hôpital est absolument indispensable ! Bien des précautions sont d’ailleurs prises en ce sens comme les recommandations élaborées par l’INCA qui accompagne évidemment le virage ambulatoire souhaité par les pouvoirs publics. Outre les effets indésirables, il faut savoir que la particularité d’une thérapie ciblée, ce sont les interactions médicamenteuses : il faut donc que le pharmacien soit formé et informé pour réguler l’automédication et tout nouveau traitement doit faire l’objet d’un signalement au professionnel de santé. Cela est aussi valable pour les immunothérapies qui se font par voie veineuse à l’hôpital. Leurs effets indésirables très spécifiques qui peuvent se manifester à la ville doivent aussi être connus des  professionnels de premier recours.

Les immunothérapies vont se développer. Il y en a une première qui est mise en oeuvre  depuis deux ans pour un type de cancer de la peau : le mélanome métastatique et d’autres seront bientôt disponibles

Parlons immunothérapie, justement. Où en est-on ? 

Elle est aussi le signe du dynamisme des avancées thérapeutiques amenant des protocoles de prise en charge qui s’adaptent de plus en plus au patient. Les immunothérapies se font par voie veineuse à l’hôpital avec des effets indésirables très spécifiques dont la ville se doit aussi de connaître l’existence car ils peuvent survenir en dehors du contexte hospitalier. L’INCA élabore d’ailleurs des recommandations pour que les professionnels de santé soient capables de les identifier et les gérer. La règle est encore une fois de se coordonner avec l’équipe hospitalière ou prévoir l’hospitalisation, si nécessaire. Les immunothérapies vont se développer. Il y en a une première qui est mise en oeuvre  depuis deux ans pour un type de cancer de la peau : le mélanome métastatique et d’autres seront bientôt disponibles, toujours pour le mélanome métastatique et pour certaines formes de cancer du poumon. Les autorisations de mise sur le marché de ces traitements sont attendus pour 2016.

Le virage ambulatoire entraîne donc une nouvelle gestion du cancer ?

La force du développement et de l’innovation avec l’arrivée de nouveaux médicaments implique en effet des nouveautés : formation, information et adhésion du patient à son traitement. La prise en charge du patient représente aussi un défi économique qu’il faut accompagner. La loi de modernisation de notre système de santé veut faciliter au quotidien les parcours de soins et des outils sont mis en oeuvre pour cela, le Plan Cancer pour accélérer les progrès en est une belle illustration.

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