Syndrome du choc toxique : comprendre et réduire le risque

Le 29 janvier 2018 - Par Vanessa Bernard

Maladie rare infectieuse, parfois mortelle, le SCT ou Syndrome du Choc Toxique a souvent été mis en relation avec l’utilisation de tampons hygiéniques. Mais alors, quels sont vraiment les risques ?

Provoqué par l’intrusion dans le sang d’une toxine bactérienne (TSST-1), le choc toxique concerne majoritairement les adultes en bonne santé. Mais s’il est très rare (une vingtaine de cas recensés jusqu’à maintenant), reste qu’il nécessite une prise ne charge immédiate car ses effets aigus sont extrêmement rapides à apparaître. On lui reproche d’endommager sérieusement les organes vitaux et de créer notamment des lésions au cœur, aux poumons, aux reins ou encore au foie. Quand il n’est pas traité rapidement, le choc toxique peut également entraîner le décès de la personne qui en souffre.

Deux bactéries responsables

C’est lorsque des toxines sont libérées dans le sang par des bactéries ayant anormalement franchi la paroi cutanée que le choc toxique survient. Des bactéries qui se situent dans la fosse nasale, la gorge, la bouche ou encore le vagin chez de nombreuses personnes. Si elles peuvent ne pas causer une infection, dans certaines configurations cependant, elles conduisent à des complications allant de la « banale » infection au fameux choc toxique. Dans le processus de la maladie, deux types de bactéries sont mises en accusation : les Staphylococcus aureus et les Streptocoques du groupe A.

Les tampons hygiéniques en cause

Plusieurs facteurs peuvent être responsables de la prolifération de ces bactéries. A une époque, l’utilisation de tampons hyper absorbants a été avancé comme cause principale de la stimulation de la production de la toxine déclenchant le choc toxique. Nous sommes dans les années 80, des tampons (Rely) sont alors retirés du marché américain. De quoi inquiéter leurs utilisatrices, à l’époque. Quelques années plus tard, c’est l’histoire de Lauren Wasser, ancienne mannequin ayant perdu ses jambes à la suite d’un choc toxique qui émeut le monde, et relance le débat autour de la responsabilité des tampons dans la survenue d’un SCT. Chez la jeune femme, en effet, c’est bien ce type de protection menstruelle qui a réveillé la bactérie agressive (le staphylocoque doré).

A une époque, l’utilisation de tampons hyper absorbants a été avancé comme cause principale de la stimulation de la production de la toxine déclenchant le choc toxique

On parle alors de « recrudescence » du phénomène. Car si le nombre de cas de chocs toxiques recensés jusqu’en 2004 était de 5, il a fortement augmenté dans les années 2000, passant à 19 en 2011, avant de se stabiliser autour de 20. Mais pour tempérer le terme de « recrudescence », est également avancé que cette augmentation est due à une plus grande notoriété du sujet mais aussi à un meilleur diagnostic. Pour autant, l’alerte est donnée. C’est ainsi que le Centre national de référence du staphylocoque des Hospices Civils de Lyon (HCL) lance une étude à grande échelle pour évaluer la responsabilité potentielle de ces produits de protection hygiénique. En juillet dernier, les résultats sont tombés indiquant que : les tampons hygiéniques utilisés pendant les règles ne favorisent pas les chocs toxiques.

« Bien » utiliser les tampons

Pour en arriver à cette affirmation, le HCL avait lancé plus tôt une collecte de tampons usagés afin de mener ses travaux. Et, selon le professeur Gérard Lina, chef de service au HCL : « Les produits (Ndlr : comprenez tampons hygiéniques) semblent avoir un effet neutre, voire bloquer le développement du staphylocoque ». Le choc toxique résulterait dès lors plutôt « d’un défaut d’information » sur l’utilisation du tampon. Et de cette mauvaise utilisation résulterait un facteur de risque aggravant. Il faut savoir, effet, que le port prolongé de tampons hygiéniques peut assécher le vagin, et créer, à l’occasion, des irritations ou des lésions pouvant alors favoriser la création d’un terrain propice à l’invasion bactérienne. Mais alors, quelles précautions prendre ? Il est conseillé de ne pas le porter un tampon plus de 4 à 6 heures, de l’enlever la nuit, et de bien se laver les mains à chaque changement. Evitez aussi les « super-absorbants ». « Quand on les utilise correctement, le risque est moindre, mais pas de zéro », précise toutefois le Pr Lina.

 Il est conseillé de ne pas le porter un tampon plus de 4 à 6 heures, de l’enlever la nuit, et de bien se laver les mains à chaque changement

Chocs toxiques : quels sont les déclencheurs ?

Le mieux est donc encore, et quoi qu’il arrive, de respecter des conditions strictes d’hygiène ! Mais alors, au-delà du risque « tampon », quels sont les facteurs déclenchants d’un SCT ? Il apparaît que certains modes de contraception, s’ils sont portés au-delà des limites prescrites, peuvent également favoriser un choc toxique. Ici, on parle du diaphragme, de l’éponge contraceptive ou encore de la cape cervicale. D’autres causes sont mises en avant : une simple infection de la peau ou des brûlures, ou encore des infections de plaies consécutives à une blessure, une intervention chirurgicale ou même un accouchement.

Quelles peuvent être les complications ?

On distingue également, selon le type d’infection, différentes complications. Ainsi pour un SCT dû à une infection par streptocoque, la plaie infectée est très douloureuse et peut parfois même se développer en gangrène tout autour de la blessure. Dans le cas streptococcique, on observe fréquemment des problèmes respiratoires causés par un syndrome de détresse respiratoire aigu. On note un décès dans 20 à 60 % des cas si les personnes ne sont pas traitées. Quand la source du choc toxique est staphylococcique, le chiffre baisse à 3 %. Mais ici, on observe aussi une desquamation de la peau, surtout au niveau de la paume des mains et la plante des pieds. Pour autant, si le patient est traité à temps, ses chances de rémission sont totales.

Les premiers signes du choc toxique s’apparentent à ceux d’une grippe avec principalement de la fièvre, de la diarrhée, des vomissements, des maux de gorge et des nausées

Quels sont les symptômes d’un SCT ?

Les premiers signes du choc toxique s’apparentent à ceux d’une grippe avec principalement de la fièvre, de la diarrhée, des vomissements, des maux de gorge et des nausées. Peuvent également survenir des étourdissements, une certaine confusion, de l’hypotension, des douleurs musculaires et des éruptions cutanées. Entre termes de délais, les premiers symptômes apparaissent assez vite, généralement dans les douze heures après le moment de l’infection (la blessure, l’intervention chirurgicale ou l’accouchement par exemple). Quand le choc toxique est dû au port prolongé d’un dispositif vaginal (quel qu’il soit), il est impératif de retirer immédiatement sa protection et de se rendre aux Urgences le plus vite possible.

Quels sont les traitements ?

Les personnes atteintes d’un SCT nécessitent donc une prise en charge immédiate en soins intensifs. Le traitement pourra alors inclure une antibiothérapie pour venir à bout de l’infection, des médicaments augmentant la tension artérielle en cas d’hypotension, l’injection de fluides à travers une veine, le retrait de la source (si ce n’est pas déjà fait), le nettoyage de la zone infectée. En cas d’insuffisance rénale, une dialyse pourra aussi être envisagée. Quand le choc toxique est pris à temps et le traitement approprié, le pronostic est généralement bon.

Quand le choc toxique est pris à temps et le traitement approprié, le pronostic est généralement bon

Si le syndrome du choc toxique (SCT) reste rare, il demeure une inquiétude d’autant plus qu’encore récemment (le 23 janvier dernier), dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé Publique France évoquait les cas de cinq jeunes filles (12 à 21 ans) hospitalisées en réanimation des suites d’un syndrome de choc toxique en Pays de la Loire en 2013 et 2016. Là encore, c’est le port prolongé d’un tampon la nuit pour quatre d’entre elles qui a été incriminé tandis que la cinquième l’avait utilisé avant le début de ses règles.

Rappelons donc que l’utilisation des tampons doit répondre à des règles d’hygiène stricte : se laver les mains, changer de protection toutes les 4 à 8 heures, ne pas en porter la nuit et, la journée, l’alterner avec des serviettes hygiéniques, éviter les super-absorbants et éviter aussi de mettre un tampon « en prévision de… ». Mieux vaut prévenir que guérir !

 

Et que dire des coupes menstruelles ?

L’utilisation de coupes menstruelles doit répondre aux mêmes exigences exactement que les tampons ! En effet, dans son étude révélée en juillet dernier, le Centre national de référence du staphylocoque des Hospices Civils de Lyon (HCL) a souligné des risques liés aux coupes menstruelles, permettant une arrivée d’air plus importante, donc d’oxygène, et favorisant dès lors, la croissance du staphylocoque. Pour les tampons comme pour les coupes menstruelles, il est donc nécessaire de ne pas les porter plus de 4 à 6 heures d’affilée et de les retirer la nuit.

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