Soumis ou rebelle ? L’explication réside dans la « zone grise » – Etude

Le 15 juin 2017 - Par La Rédaction avec l'AFP

Depuis un demi-siècle, les études scientifiques sur l’autorité ont distingué les rebelles des soumis. Mais une « zone grise » existe entre ces deux groupes opposés où se développent des « stratégies clandestines », explique une étude.

« Il existe une zone grise qui consiste à contourner les règles sans pour autant les contester explicitement, à développer des stratégies obliques pour composer avec ses propres valeurs et la pression d’une situation », explique ainsi Laurent Bègue, l’un des co-auteurs (CNRS/Université Grenoble Alpes-UGA) de l’étude publiée dans la revue Social Influence. Selon lui, « l’histoire regorge de ces exemples d’insoumission clandestine, des enfants juifs cachés durant la Seconde guerre mondiale à l’aide aux sans-papiers aujourd’hui ». Pour les besoins de leurs travaux, les auteurs se sont ainsi penchés sur le comportement de 76 participants (40 hommes, 36 femmes de 25 à 55 ans) d’une émission test d’un jeu de téléréalité baptisé « la Zone Xtrême », monté par France Télévisions pour les besoins d’un documentaire ad hoc diffusé en 2010.

Sur un vrai plateau de télévision, poussés par l’animatrice et le public, 80% des participants ont envoyé des décharges de 20 à 460 volts

Un travail dans la lignée de celui mené par le psychologue social américain Stanley Milgram, qui avait lancé dans les années 1960 des recherches sur la soumission en incitant un volontaire à l’expérience à administrer des électrochocs d’intensité croissante à chaque erreur d’un autre participant (un comédien) supposé effectuer un test de mémoire. Sur un vrai plateau de télévision, poussés par l’animatrice et le public, 80% des participants ont envoyé des décharges de 20 à 460 volts, alors que le comédien-cobaye protestait, puis criait, hurlait avant de ne plus émettre de son. Mais dans cette imposante majorité d’électrocuteurs obéissants, les comportements n’étaient pas tous similaires.

« 24% des participants étudiés ont eu recours à cette stratégie d’insoumission sournoise »

… mais l’étude révèle des nouveautés.

La nouveauté de l’étude réside dans l’analyse du comportement non verbal : certains ont insisté vocalement sur certains mots pour signaler les bonnes réponses afin de ne pas administrer la décharge . « Ce comportement est apparu de manière sensible à partir de 140 volts, soit lorsque les manettes du tableau de bord étaient surmontées de l’inscription +choc fort+ et que la victime poussait ses premiers cris de douleur », a expliqué M. Bègue. Il a aussi été observé que « ceux qui valorisaient le travail consciencieux trichaient moins pour aider la victime », a ajouté le psychologue social. Au total, « 24% des participants étudiés ont eu recours à cette stratégie d’insoumission sournoise », a-t-il révélé, ajoutant qu’il « n’y avait aucun lien constaté entre ce type de contestation à bas bruit et l’insoumission frontale » de la minorité qui s’est arrêtée de jouer. Retrouvez l’étude en intégralité (en anglais), produite avec Aaron Duke (UGA), Didier Courbet (Aix-Marseille) et Dominique Oberlé (Paris Ouest).

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