Jules, 21 ans (82) : « Je suis bègue et je commence à l’assumer ! »

Le 24 juillet 2017 - Par Vanessa Bernard

Jules fait partie de ces 600 000 personnes qui en France sont bègues. Des hommes, majoritairement. Longtemps, il a eu du mal à vivre avec ce trouble du langage. Aujourd’hui, il souhaite s’en sortir pour se donner les moyens d’une vie professionnelle et personnelle plus épanouie. 

Je ne me rappelle pas exactement ce qui dans ma façon de parler a alerté mes parents, je me souviens juste que j’étais en maternelle lorsque j’ai commencé mes premières séances d’orthophonie. Bégayer, c’est vraiment handicapant. Les moqueries, les gens tentés en permanence de finir les phrases à votre place, la peur de prendre la parole… Je crois que la pire période a été le collège. A l’école, j’étais comme préservé, dans une bulle. Les maîtresses étaient attentionnées et mes camarades, assez indifférents. Finalement, je n’ai pas vécu tant de traumatismes durant cette période.

Bégayer, c’est vraiment handicapant. Les moqueries, les gens tentés en permanence de finir les phrases à votre place, la peur de prendre la parole…

Dès mon entrée en 6e, la tendance s’est inversée. Complètement. Nouvel établissement, nouveaux camarades, et nouveaux quolibets. Je me suis renfermé peu à peu, sans pour autant décrocher. Mes parents m’ont toujours encouragé à bien travailler, ne serait-ce disaient-ils « que pour clouer le bec à tous ces petits imbéciles ! » Evidemment, à l’oral, j’évitais d’intervenir et les profs jouaient le jeu. A l’écrit, mes résultats étaient excellents. Je crois même que c’est ce qui m’a sauvé.

J’ai arrêté d’aller consulter mon orthophoniste. J’en avais assez. J’évitais de parler et ça allait bien. Du moins en surface… Alors, ma mère a quand même souhaité que j’aille voir une psychologue. Ca a duré quelques mois, puis j’ai arrêté.

J’évitais de parler et ça allait bien. Du moins en surface…

A mon entrée au lycée, les choses ont clairement changé. D’abord, parce que physiquement, je commençais à en imposer avec mon 1,80 m et ma stature athlétique vu que je m’étais mis au sport. Et puis, surtout, les filles ont commencé à s’intéresser à moi. Finalement, c’est en rencontrant ma copine que j’ai repris confiance. Elle m’a donné des ailes. C’est aussi grâce à Julie que j’ai décidé de reprendre mes séances d’orthophonie mais, cette fois, avec une spécialiste du bégaiement. J’ai aussi commencé à ne plus cacher mon trouble du langage, à l’accepter et même à en parler.

Je participe à des groupes de paroles avec d’autres bègues ce qui m’aide à me sentir moins seul

Les choses s’améliorent peu à peu. Je ne peux pas dire que j’ai une élocution fluide, et je suis bien conscient que le chemin sera encore long. Je participe à des groupes de paroles avec d’autres bègues ce qui m’aide à me sentir moins seul. Dès que j’ai un stress, je ne maîtrise plus rien, je bégaie outre mesure. Pour autant, je ne baisserai pas les bras. Aujourd’hui, j’ai une vraie vie sociale avec de « vrais » amis. Certes, ils sont très peu nombreux ceux avec lesquels j’arrive à prendre la parole sans craintes. Mais je suis sur la bonne voie !

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