Charles 39 ans (40) : « Si je suis motivé à arrêter de boire ? »

Le 5 décembre 2015 - Par Vanessa Bernard

Sa première cuite, Charly, comme tout le monde l’appelle, l’a prise alors qu’il n’avait que 14 ans. Puis il a continué de boire beaucoup, beaucoup trop. Sobre depuis 3 mois maintenant, il sait que le combat se poursuit. Sous couvert d’anonymat, il nous livre son témoignage avec ce drôle d’humour qui le rend si attachant. Rencontre. 

« J’ai été élevé par ma grand-mère, non pas parce que mes parents n’étaient pas… mais juste parce qu’ils ne se sentaient pas de s’occuper de moi. Ils ont essayé mes trois premières années, puis se sont séparés, et comme la mère de mon père s’est portée volontaire… ils n’ont pas dit non. Elle a toujours été très stricte, habituée à commander son petit monde, j’ai toujours été rebelle, dissipé, à contre-courant.

 J’ai toujours été rebelle, dissipé, à contre-courant

A l’école, évidemment, j’étais un cancre. J’ai été viré d’absolument tous les établissements où je suis passé, c’était presque un jeu. J’ai fini dans l’école de la dernière chance pour suivre un CAP Mécanique et, pendant les cours, j’ouvrais la fenêtre pour fumer des substances illicites, et parfois, souvent, j’avais bu avant d’entrer en classe… Je faisais marrer tout le monde.

J’ai quand même eu mon CAP, fait un stage dans le seul garage qui a bien voulu de moi malgré mon style de voyou (que je n’étais pourtant pas), mis malencontreusement le feu à une voiture, ai été viré sur le champ. Ca c’est Charly. Même l’armée n’a pas voulu de moi alors que je souhaitais m’engager. Bilan sans appel : inapte au travail… A ma décharge, pendant mon service, alors que je m’étais blessé à la cheville, mes chefs m’ont collé à la buvette… Ma famille en rit encore.

Se réveiller le matin dans un hôpital, la tête complètement plâtrée avec une plaque de titane sous la peau… Ca, c’est aussi Charly.

Les nuits à dormir sur le pas de ta porte parce que tu as encore perdu tes clés, ou même sur un banc parce que tu n’a jamais pu retrouver le chemin de la maison. Les bagarres d’ivrogne en fin de soirée, les bars qui t’interdisent d’entrer chez eux alors que tu représentes 50% de leur chiffre d’affaires. Ca c’est Charly. Se réveiller le matin dans un hôpital, la tête complètement plâtrée avec une plaque de titane sous la peau de ton front parce que les coups de matraque que tu as reçus t’ont complètement brisé les os qui y avaient leur place. Ca, c’est aussi Charly.

Premier déclic. Tu as failli y passer même si le coma n’a duré que quelques heures. La chance c’est qu’en bon alcoolique que tu es, tu ne te rappelles de rien. Ta belle gueule n’aura plus jamais la même allure mais tu es en vie même si tu fais tout pour te tuer depuis 15 piges. J’ai pris un chien de combat et complètement arrêté de boire. Combien de temps d’abstinence à cette époque ? Je ne me rappelle même plus, quelques mois, un an deux ans peut-être. Puis le Charly des grands jours est revenu sur le devant de la scène avec sa bière au petit déj’.

 Oui ma femme a supporté jusqu’au jour où je suis allé trop loin

J’ai rencontré ma compagne, et nous avons eu des jumelles. A leur naissance, on a quitté le Sud Est pour le Sud Ouest et regagner un village top paumé, sans bars alentours, et surtout, sans potes de beuveries. Ce qui ne m’a jamais empêché de boire, mais au moins, chez moi. Oui ma femme a supporté jusqu’au jour où je suis allé trop loin. Ma plus grande trouille ? Ne plus voir mes poupées que j’ai élevées jusqu’à ce qu’elles entrent à l’école. Alors la sentence est tombée : soit tu t’arrêtes, soit je me barre et tu ne verras tes filles que si tu es sobre et en présence d’un intermédiaire.

Je lutte heure après heure pour ne pas retomber

Depuis trois mois, je suis à la bière sans alcool. Je vais voir un psy mais je ne prends pas de médicaments. Pourquoi je m’abstiens ? Pour les raisons que j’évoquais plus haut. Si je suis motivé ? Emmenez-moi dans un bar avec quelques anciens potes et vous verrez. Mon grand-père était alcoolique et il est mort. Mon oncle était alcoolique et il est mort. On dirait qu’il y a comme une fatalité non ? Je suis incapable de me projeter. Je lutte heure après heure pour ne pas retomber. Alors savoir si c’est pour toujours, c’est vraiment beaucoup m’en demander…

  • Sylvie Imbert

    Aucun médecin ne vous a parlé du baclofène et de son action sur le craving ?
    La lutte est bien illégale …
    Il n’y a pas de fatalité, l’alcoolisme est une maladie neurobiologique largement héréditaire.
    Elle se soigne très bien par le baclofène

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