Et si nous réapprenions à manger ?

Le 24 février 2015 - Par Gaële Bengui

Parce qu’il faut proscrire le mot régime. Parce que s’astreindre à suivre des restrictions alimentaires est dangereux. Parce qu’il est possible de concilier plaisir et nutrition équilibrée… Il est nécessaire de réapprendre à manger.

Si la France grossit, la dictature de la minceur n’en garde pas moins une place prépondérante. Spots publicitaires de filles déjà très minces qui continuent de vouloir perdre du poids en mangeant des céréales, ou encore magazines féminins qui ne cessent de nous faire culpabiliser de ne pas entrer dans un 34 pour être à la mode…, force est de constater, qu’en France, les « gros » sont un peu les mal-aimés de la société. Alors, pour être « considéré », faut-il nécessairement avoir la taille mannequin ? Non, évidemment ! Et plutôt que de prôner la minceur à tout prix, ne vaudrait-il pas mieux faire de la prévention afin que chaque femme, chaque homme soit en bonne santé. Ici, la réponse est oui, incontestablement. Si en la matière, des initiatives grandeur nature ont été prises à l’instar du PNNS(1), par exemple, reste qu’il existe une réelle carence en termes d’accompagnement médical pour toutes les personnes en surpoids, voire obèses. Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif National des Associations d’Obèses (CNAO), explique : « Trop souvent, j’ai entendu des critiques violentes telles que, « arrête de manger et tu n’auras plus de problèmes de poids » ou, « la graisse a envahi ton cerveau »… Et j’en passe ! Comment ne pas culpabiliser et ne pas se sentir mal quand on entend ça ! Or la vraie solution, c’est de comprendre comment marche le surpoids et l’obésité mais pour cela, il faut l’expliquer, faire de la pédagogie auprès des patients, les prendre en charge au lieu de les stigmatiser ! »

La nécessité de la prise en charge

Un avis partagé par Gérard Raymond, Président de l’AFD (Association Française des Diabétiques), qui renchérit : «En matière de surpoids et d’obésité, il manque de la pédagogie et surtout du temps aux professionnels de santé ! Le système français ne permet pas une prise en charge optimum des pathologies. Tant et si bien d’ailleurs que pour une maladie aussi répandue que le diabète, il est dépassé ! » En France, la moitié de la population est en situation de surpoids et d’obésité. Ainsi et selon la dernière étude ObEpi, en 2012, 32,3% des Français adultes de 18 ans et plus présentaient un surpoids tandis que 15% étaient diagnostiqués obèses avec un indice de masse corporelle supérieure à 30 kg/m2. Face à cette pandémie, il reste inévitable pour les publics concernés de baisser les facteurs de risques. Si le diabète est d’abord génétique, Gérard Raymond rappelle que « l’obésité en est également un facteur déclenchant et aggravant qui tue une personne toutes les 6 secondes dans le monde… », d’où l’impor- tance d’une vraie prise en charge pluridisciplinaire. Et heureusement, certaines initiatives ont été prises : « 37 centres du Plan Obésité maillent le territoire français afin justement d’assurer l’accompagnement des patients », conclut Anne-Sophie Joly.

(1) Programme National Nutrtion Santé

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