Audition & déclin cognitif : le Pr Sterkers fait le lien

Le 1 mai 2017 - Par Vanessa Bernard

Ces dernières années, de nombreux travaux scientifiques ont montré un lien fort entre perte auditive et déclin cognitif. ORL à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris, le Professeur Olivier Sterkers nous explique pourquoi. 

Le système auditif vieillit naturellement. Sommes-nous donc tous amenés à perdre l’audition ?

Le système auditif a cela de particulier qu’il contient dans l’oreille interne un décodeur qui transforme l’onde sonore en un message électrique composé de cellules sensorielles (3500 cellules ciliées internes et 12500 cellules ciliées externes à la naissance) dont le nombre diminue au cours de la vie sans jamais se renouveler. Ce phénomène se majore au cours du vieillissement de l’organe sensoriel au-delà de 60-70 ans et se manifeste par une perte auditive bilatérale et symétrique appelée presbyacousie. Il s’ajoute la perte de la compréhension du message souvent plus tardive : la personne entend les sons mais ne comprend plus le discours. Cela provient de l’altération avec l’âge des voies auditives, en particulier au niveau de la jonction entre le décodeur, les cellules ciliées cochléaires, et le nerf auditif.

La personne entend les sons mais ne comprend plus le discours

Cela étant, si l’altération de l’audition est habituelle en vieillissant, nous ne sommes pas tous égaux : au même âge certains sujets sont moins atteints que la moyenne pouvant même conserver une audition normale. Rappelons entre autre l’existence de facteurs dits « favorisants la perte auditive » tels l’exposition aux bruits professionnels, accidentels (traumatismes sonores) ou de loisirs (écoute de la musique en particulier aux casques) ou au cours de certaines pathologies (hypertension artérielle, diabète, etc…).

Quand et pourquoi faut-il consulter ?Behind the ear hearing aid

Dès qu’apparait une gêne auditive. La plus fréquente est la difficulté à comprendre en milieu bruyant, en particulier à suivre une conversation avec plusieurs interlocuteurs et qui fait naître la peur de faire répéter. Il est important d’évaluer la perte auditive par un audiogramme tonal (mesure de la perte en décibel pour chaque fréquence du 125Hz au 8KHz) et vocal (mesure de l’intelligibilité par l’écoute de mots ou phrases à des intensités variables) en chambre insonorisée (cabine d’audiométrie). L’évaluation de la perte auditive est essentielle car une personne qui commence à « comprendre » moins bien dans le bruit va se voir confrontée à des difficultés croissantes au travail (si elle est active) et dans ses occupations et relations sociales dans tous les cas. Chez les seniors, c’est là une cause d’isolement et de dépression qui favorise le déclin cognitif.

Est-ce à dire que le déclin cognitif peut être lié à la surdité ? Peut-on le prévenir ?

Le fait d’être gêné à la compréhension de la parole en particulier en milieu bruyant ou simplement lorsqu’il existe un bruit de fond, entraine un effort attentionnel pour saisir le message puis pour scruter la mimique de l’interlocuteur, voire développer spontanément une lecture labiale. Cela donne au sujet atteint de surdité ce faciès figé tellement il fait attention pour communiquer. De cet effort attentionnel découle une fatigue croissante, facteur de dépression larvée et d’une altération de l’ensemble des fonctions cognitives. Ces dernières années, de nombreux travaux scientifiques ont montré un lien fort entre perte auditive et déclin cognitif.

Cela donne au sujet atteint de surdité ce faciès figé tellement il fait attention pour communiquer

Doctor examining ear of senior womanCes travaux ont montré que le déclin des fonctions cognitives pouvait être prévenu par une réhabilitation de l’audition que ce soit par des aides auditives pour les surdités moyennes à sévères ou par des implants cochléaires pour les surdités profondes. En plus, au cours de surdités profondes réhabilitées par une implantation cochléaire, nous avons observé que l’atteinte cognitive constatée avant implantation était réversible. Ainsi, si la réhabilitation auditive n’empêche pas l’évolution naturelle de la surdité, elle prévient dans la majorité des cas le déclin cognitif et permet d’améliorer la qualité de vie.

L’aide auditive est importante, encore faut-il que le patient soit bien pris en charge…

Les aides auditives ont fortement évoluées lors de ces dernières années car légères, peu visibles n’obstruant plus le conduit auditif externe, et surtout par la qualité du traitement du signal sonore dans différentes situations d’écoute. Cela permet à l’audioprothésiste un réglage personnalisé de l’aide auditive en fonction des occupations et des attentes du patient. Le message le plus important est la nécessité de réhabiliter une surdité dès que la gêne auditive s’installe et non d’attendre que la communication auditive ne devienne trop pénible et facteur de déclin cognitif chez les plus âgés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>