Pr. Dubois : Alzheimer, le défi des sociétés modernes

Le 28 février 2015 - Par Gaële Bengui

Interview du Pr. Bruno Dubois

Neurologue et responsable de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer – groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière – Paris

Quels sont les effets des traitements actuels ?

Nous savons aujourd’hui que les lésions anticipent la survenue des symptômes : il faut donc traiter les premières pour bloquer les seconds. Les médicaments actuels testés sur la souris et le patient montrent que les lésions sont moindres chez les sujets traités. Mais nous sommes face à un paradoxe dans la mesure où si nous sommes certains désormais que les médicaments sont actifs sur les lésions, en revanche, ils n’ont pas d’effets sur le niveau de trouble. La solution est alors de traiter de façon très précoce des « sujets normaux », présentant les lésions incriminées. Reste à savoir si nous avons le droit de traiter des personnes qui ne seront peut-être jamais touchées par Alzheimer…

Quel est votre sentiment ? 

La question soulève des considérations éthiques. Je suis donc plus pour une étude observationnelle qui permettrait de comprendre l’histoire naturelle des lésions sur ceux qui sont particulièrement susceptibles d’être un jour atteints par la maladie. C’est là tout l’objet de l’étude INSIGHT qui fait appel à 350 volontaires retraités qui ont accepté d’être suivis et de subir tous les examens nécessaires (le TEP, notamment). Parmi eux, 89 ont déclaré des lésions amyloïdes (celles susceptibles de déclencher Alzheimer). Pendant 5 ans nous allons les observer afin de voir comment ils évoluent et quels sont les facteurs qui vont faire que certains développeront la maladie. Dans cette recherche, la durée d’observation est essentielle et c’est pourquoi nous avons besoin de temps.